En bref
- La reprise de la marche dépend directement du stade de gravité de la lésion ligamentaire.
- L’application des critères d’Ottawa permet d’éliminer une fracture avant d’autoriser l’appui.
- Une mobilisation précoce et protégée favorise une meilleure cicatrisation qu’une immobilisation stricte prolongée.
Le traumatisme en inversion de la cheville représente le motif de consultation le plus fréquent en traumatologie d’urgence, avec environ 6000 cas quotidiens en France. La question de la reprise de l’appui se pose immédiatement après le traumatisme. Le fait de marcher avec entorse cheville n’est pas systématiquement proscrit, mais nécessite une évaluation clinique rigoureuse.
La mise en charge précoce dépend de l’intégrité des structures osseuses et du grade de l’atteinte ligamentaire, touchant le plus souvent le faisceau talo-fibulaire antérieur. Une reprise inadaptée de la marche expose à des complications telles que l’instabilité chronique ou des lésions ostéochondrales. L’évaluation initiale permet de stratifier le risque et de définir le protocole de rééducation fonctionnelle adéquat.
Évaluation clinique et critères de gravité
Avant d’envisager la moindre mise en charge, l’exclusion d’une fracture malléolaire ou du médio-pied constitue la priorité absolue. L’examen clinique s’appuie sur les règles d’Ottawa, un outil validé internationalement pour déterminer la nécessité d’une radiographie. L’incapacité totale de faire quatre pas complets immédiatement après le traumatisme constitue un signe d’alerte majeur.
La présence d’une douleur exquise à la palpation des soixante derniers millimètres du bord postérieur des malléoles impose un bilan d’imagerie. De même, une douleur osseuse au niveau du naviculaire ou de la base du cinquième métatarsien contre-indique l’appui immédiat. Une simple entorse de la cheville de stade bénin autorise généralement une marche prudente sous couvert d’une contention.
Classification de la lésion ligamentaire
La capacité fonctionnelle post-traumatique varie selon les dommages anatomiques subis par le complexe ligamentaire latéral. La classification clinique guide directement les autorisations d’appui et le choix de l’orthèse de stabilisation.
- Stade 1 (étirement) : marche possible avec une douleur modérée, appui complet toléré.
- Stade 2 (déchirure partielle) : marche douloureuse nécessitant souvent des cannes anglaises et une orthèse semi-rigide.
- Stade 3 (rupture complète) : appui impossible initialement, caractérisant une entorse grave de la cheville.
La présence d’un œdème volumineux en œuf de pigeon et d’une ecchymose précoce témoigne souvent d’une atteinte capsulo-ligamentaire sévère. Dans ces situations, la mise en charge doit être différée jusqu’à l’obtention d’un contrôle antalgique satisfaisant.
Protocoles de reprise de l’appui
Le paradigme de l’immobilisation stricte par plâtre est aujourd’hui abandonné au profit d’une rééducation fonctionnelle précoce. La mise en charge partielle, aidée par des béquilles, stimule l’alignement des fibres collagènes lors de la cicatrisation. Le traitement de l’entorse de la cheville repose désormais sur le protocole PEACE and LOVE.
La reprise de la marche s’effectue de manière progressive, guidée par le seuil de la douleur. L’utilisation d’une attelle amovible stabilisatrice permet de protéger le ligament atteint contre les mouvements d’inversion tout en autorisant la flexion et l’extension de l’articulation. Cette mobilisation dans l’axe sagittal prévient l’enraidissement articulaire et l’amyotrophie.
Signes d’alerte lors de la mise en charge
Une reprise de la marche mal encadrée expose l’articulation talo-crurale à des contraintes biomécaniques délétères. Certains signes cliniques imposent l’arrêt immédiat de l’appui et une réévaluation médicale approfondie.
- Augmentation brutale du volume de l’œdème après la marche.
- Apparition de dérobements ou d’une sensation d’instabilité franche.
- Douleur fulgurante non soulagée par les antalgiques de palier 1.
- Sensation de blocage articulaire évoquant un fragment ostéochondral libre.
La persistance de douleurs lors de l’appui au-delà de la sixième semaine suggère une lésion associée méconnue. Une atteinte de la syndesmose tibio-fibulaire ou une lésion du cartilage du dôme talien doivent alors être recherchées par une imagerie en coupe de type IRM.
L’autorisation de la mise en charge après un traumatisme en inversion ne relève pas d’une décision empirique. L’appui précoce et protégé constitue la norme actuelle pour optimiser la cicatrisation ligamentaire, à condition d’avoir formellement écarté toute lésion osseuse sous-jacente. Une évaluation clinique initiale méthodique reste indispensable pour déterminer le stade lésionnel et prescrire l’appareillage adapté. L’absence d’amélioration fonctionnelle rapide ou l’incapacité persistante à tolérer le poids du corps justifie une consultation orthopédique spécialisée afin de prévenir l’évolution vers une instabilité chronique de l’arrière-pied.
Questions fréquentes
Faut-il utiliser des béquilles pour une entorse ?
L’utilisation de cannes anglaises s’avère nécessaire lorsque l’appui complet déclenche une douleur aigüe ou entraîne une boiterie importante. Elles permettent une décharge partielle de l’articulation talo-crurale, facilitant une reprise progressive de la marche selon la tolérance clinique du patient.
Combien de temps dure la douleur en marchant ?
Pour une atteinte ligamentaire de grade 1, la douleur à la marche s’estompe généralement en quelques jours à deux semaines. Les lésions de grade supérieur peuvent engendrer des douleurs résiduelles lors de l’appui prolongé pendant plusieurs semaines, nécessitant un suivi kinésithérapique.
Peut-on conduire avec une entorse de la cheville ?
La conduite automobile exige une capacité de freinage d’urgence optimale. Elle reste formellement contre-indiquée tant que l’appui complet sur la pédale est douloureux, que la cheville est immobilisée par une attelle, ou que la force musculaire n’est pas intégralement récupérée.
Sources :
- Haute Autorité de Santé (HAS). Prise en charge de l’entorse de la cheville. Recommandations de bonne pratique.
- Société Française de Chirurgie Orthopédique et Traumatologique (SOFCOT). Lésions ligamentaires récentes de la cheville.




