En bref
- Intervention indiquée en cas d’instabilité chronique de la cheville après échec d’un traitement médical et kinésithérapique bien conduit.
- La technique de référence consiste à retendre et renforcer le ligament collatéral latéral (intervention de Broström-Gould).
- La reprise des sports de pivot s’envisage généralement entre le quatrième et le sixième mois post-opératoire après validation clinique.
L’instabilité chronique de la cheville affecte près de 20 % des patients ayant subi un premier traumatisme en inversion. Cette pathologie se caractérise par des dérobements fréquents et une appréhension lors de la marche en terrain accidenté. Lorsque la rééducation proprioceptive et le port d’orthèses ne suffisent plus à stabiliser l’articulation, une prise en charge chirurgicale devient nécessaire.
L’intervention de référence est la ligamentoplastie cheville. Cette procédure vise à restaurer l’anatomie et la tension du complexe ligamentaire latéral. L’objectif clinique consiste à prévenir la dégradation cartilagineuse à long terme, qui mène inévitablement vers l’arthrose tibio-tarsienne.
Le diagnostic repose sur un examen clinique minutieux évaluant la laxité articulaire, complété par une imagerie (échographie, IRM ou arthroscanner) pour faire le bilan des lésions ligamentaires et des éventuelles atteintes ostéochondrales associées.
Indications et critères opératoires
La chirurgie n’est jamais proposée en première intention lors d’un traumatisme aigu. La prise en charge initiale d’une entorse de la cheville repose systématiquement sur un protocole fonctionnel et une rééducation kinésithérapique prolongée.
L’indication chirurgicale se pose face à une instabilité persistante au-delà de six mois de traitement conservateur. Le patient décrit une sensation de lâchement articulaire, accompagnée de récidives fréquentes. Les antécédents d’une entorse grave de la cheville mal cicatrisée constituent le principal facteur de risque.
L’examen clinique met en évidence une laxité anormale, objectivée par un tiroir antérieur et un bâillement tibio-tarsien en varus. Plusieurs éléments confirment la nécessité d’une intervention :
- Échec d’une rééducation proprioceptive bien conduite sur plusieurs mois.
- Récidives multiples d’entorses lors des activités quotidiennes ou sportives.
- Appréhension douloureuse invalidante en terrain irrégulier.
- Présence de lésions cartilagineuses débutantes à l’imagerie.
Déroulement de l’intervention chirurgicale
La réparation ligamentaire se déroule le plus souvent en chirurgie ambulatoire, sous anesthésie locorégionale (bloc poplité) ou générale. L’opération dure en moyenne entre 45 minutes et une heure selon les lésions associées traitées.
La technique chirurgicale la plus employée est la réparation anatomique de type Broström-Gould. Elle consiste à suturer et à retendre les faisceaux rompus du ligament collatéral latéral directement sur leur zone d’insertion osseuse au niveau de la malléole externe.
Des ancres miniatures ou des vis d’interférence sont utilisées pour fixer solidement les tissus à l’os. Le chirurgien renforce ensuite ce montage en utilisant le rétinaculum des extenseurs, une structure fibreuse adjacente, pour créer un renfort tissulaire supplémentaire.
Dans certains cas de laxité majeure ou de reprise chirurgicale, une reconstruction au moyen d’une greffe tendineuse (souvent prélevée sur le tendon gracilis au genou ou le court fibulaire) peut s’avérer nécessaire pour pallier la mauvaise qualité des tissus locaux.
Suites opératoires et rééducation
La phase post-opératoire immédiate requiert une immobilisation stricte. Une botte en résine ou une orthèse articulée est mise en place pour une durée de quatre à six semaines. L’appui complet est généralement autorisé sous couvert de cette contention, selon les directives du chirurgien.
Des soins infirmiers réguliers sont nécessaires pour la réfection des pansements et la prévention thromboembolique. Le contrôle de la douleur est assuré par des antalgiques adaptés et le maintien du membre surélevé pour limiter l’œdème.
La kinésithérapie débute dès la levée de l’immobilisation. Contrairement au traitement de l’entorse de la cheville en phase aiguë, la rééducation post-opératoire suit un protocole progressif et très encadré.
- Récupération des amplitudes articulaires en flexion et extension.
- Travail de renforcement musculaire des fibulaires.
- Exercices de proprioception sur plans instables.
- Réentraînement à la marche sans boiterie.
Reprise des activités sportives
Le retour à la pratique sportive constitue l’objectif final de cette prise en charge. Les délais de reprise dépendent du type de sport, de la technique chirurgicale employée et de l’évolution clinique de la rééducation.
Les sports dans l’axe, comme la natation, le vélo ou le footing sur terrain plat, peuvent être repris progressivement entre le deuxième et le troisième mois post-opératoire. Une validation clinique de la stabilité et de la force musculaire est indispensable avant cette étape.
Les sports de pivot ou de contact (football, basketball, tennis, rugby) exigent une cicatrisation ligamentaire complète et une proprioception parfaite. Leur reprise n’est autorisée qu’entre le quatrième et le sixième mois, souvent sous le couvert d’un strapping ou d’une chevillère souple lors des premiers entraînements.
Suivi et pronostic à long terme
L’instabilité chronique de la cheville expose l’articulation à une usure prématurée. La réparation chirurgicale restaure une anatomie fonctionnelle et prévient efficacement l’apparition de lésions ostéochondrales irréversibles. Les résultats cliniques montrent un taux de satisfaction élevé, avec une disparition de l’appréhension et une reprise des activités sans limitation dans la grande majorité des cas. Une consultation orthopédique spécialisée permet d’établir un bilan précis des lésions et de déterminer la stratégie thérapeutique la plus adaptée à l’anatomie et aux exigences fonctionnelles du patient.
Questions fréquentes
L’opération de la cheville est-elle douloureuse ?
Les douleurs post-opératoires sont généralement bien contrôlées par l’anesthésie locorégionale qui se prolonge quelques heures après l’intervention. Un traitement antalgique per os est prescrit pour les jours suivants afin de garantir un confort optimal pendant la phase inflammatoire initiale.
Combien de temps dure l’arrêt de travail ?
La durée de l’arrêt de travail varie de deux à six semaines, en fonction de la profession exercée. Un emploi sédentaire permet une reprise rapide, tandis qu’un travail physique exigeant des déplacements fréquents nécessitera un arrêt plus prolongé.
Quand peut-on conduire après l’intervention ?
La conduite automobile est strictement proscrite tant que la cheville est immobilisée dans une botte et que le patient utilise des béquilles. La reprise du volant s’envisage généralement autour de la sixième semaine, après l’ablation de l’orthèse et la récupération d’un appui complet indolore.
Sources :
- Société Française de Chirurgie Orthopédique et Traumatologique (SOFCOT) – Recommandations sur la prise en charge de l’instabilité chronique de la cheville.
- Haute Autorité de Santé (HAS) – Critères de prise en charge chirurgicale des entorses graves et laxités chroniques de la cheville.




