En bref
- Le ligament croisé postérieur est le ligament le plus épais et le plus résistant de l’articulation du genou.
- Les lésions surviennent fréquemment lors d’un choc direct sur la face antérieure du tibia fléchi.
- Le traitement de première intention reste majoritairement conservateur et fonctionnel pour les atteintes isolées.
Les lésions ligamentaires du genou constituent un motif fréquent de consultation en traumatologie sportive et routière. Parmi elles, l’atteinte du ligament croisé postérieur reste relativement rare, représentant environ 3 à 20 % de l’ensemble de ces traumatismes. Cette structure anatomique centrale joue un rôle biomécanique fondamental dans la stabilité articulaire globale.
Le rôle principal de ce faisceau fibreux consiste à empêcher le recul du tibia par rapport au fémur. Contrairement à une Rupture du ligament croisé antérieur, le diagnostic d’une lésion postérieure passe parfois inaperçu dans un premier temps. Les symptômes initiaux s’avèrent souvent moins bruyants, retardant ainsi la prise en charge clinique.
Une évaluation médicale rigoureuse permet d’orienter la stratégie thérapeutique de façon optimale. Le choix entre un traitement fonctionnel et une intervention chirurgicale dépend directement du grade de la lésion et des atteintes périphériques associées.
Mécanismes lésionnels et présentation clinique
Le mécanisme traumatique classique correspond au syndrome du tableau de bord. Un impact direct à haute cinétique sur la face antérieure du tibia, le genou fléchi à 90 degrés, repousse le plateau tibial vers l’arrière. Ce déplacement postérieur excessif entraîne la distension ou la rupture du faisceau ligamentaire.
D’autres situations à risque incluent les hyperflexions brutales ou les hyperextensions forcées, fréquentes dans les sports de contact. La présentation clinique aiguë diffère des autres entorses graves du genou par une symptomatologie souvent moins spectaculaire sur le moment.
Les signes cliniques initiaux comprennent généralement :
- Une douleur localisée dans le creux poplité, à l’arrière du genou.
- Un épanchement articulaire (hémarthrose) d’apparition retardée et d’abondance modérée.
- Une sensation d’instabilité subjective lors de la descente des escaliers.
- Une perte d’amplitude articulaire, particulièrement en flexion maximale.
Diagnostic clinique et confirmation radiologique
L’examen physique comparatif des deux genoux constitue la pierre angulaire du diagnostic. Le signe pathognomonique reste la mise en évidence d’un tiroir postérieur. Le praticien observe un effacement de la tubérosité tibiale antérieure lorsque le genou est fléchi, traduisant le recul anormal du tibia.
Le test du tiroir postérieur permet de quantifier la laxité et de classer la lésion en trois grades de gravité. Des tests complémentaires recherchent systématiquement des lésions associées des points d’angle postéro-externe ou postéro-interne, modifiant radicalement le pronostic.
L’imagerie médicale débute par des radiographies standard pour éliminer une fracture par avulsion osseuse. L’imagerie par résonance magnétique (IRM) confirme ensuite le diagnostic avec une excellente sensibilité. Elle précise la localisation exacte de la déchirure et évalue l’intégrité des autres structures articulaires.
Stratégies thérapeutiques et traitement conservateur
La capacité de cicatrisation intrinsèque de ce faisceau est nettement supérieure à celle du Ligament croisé antérieur. Les lésions isolées de grade 1 et 2 relèvent donc quasi exclusivement d’un traitement médical et fonctionnel. L’objectif vise à réduire la laxité postérieure pendant la phase de cicatrisation tissulaire.
Le protocole conservateur s’articule autour de plusieurs phases strictes :
- Une immobilisation par attelle en extension ou attelle dynamique limitant le recul tibial.
- Une décharge partielle avec béquilles pendant les premières semaines.
- Une rééducation précoce axée sur le renforcement spécifique du muscle quadriceps.
- Une proscription temporaire du renforcement des ischio-jambiers pour éviter la traction postérieure.
Indications chirurgicales et techniques de reconstruction
Le traitement chirurgical s’adresse aux lésions de grade 3 symptomatiques, aux avulsions osseuses déplacées et aux atteintes multi-ligamentaires. La persistance d’une instabilité invalidante malgré une rééducation bien conduite constitue également une indication opératoire formelle pour restaurer l’anatomie.
L’intervention consiste en une reconstruction ligamentaire sous arthroscopie. Le chirurgien utilise une greffe tendineuse pour remplacer le tissu rompu. Les prélèvements peuvent provenir du patient lui-même (autogreffe) ou d’une banque de tissus (allogreffe), selon le bilan lésionnel global.
Les principes de fixation et de passage de la greffe s’apparentent aux méthodes de pointe de la chirurgie du genou. L’utilisation de transplants tendineux, selon des principes biomécaniques proches de la Ligamentoplastie DKT, assure une stabilité primaire optimale et favorise la réintégration biologique intra-articulaire.
La prise en charge d’une lésion postérieure du genou exige une évaluation clinique experte et une imagerie précise. Le haut potentiel de cicatrisation de cette structure anatomique permet d’obtenir d’excellents résultats fonctionnels par un traitement médical bien conduit dans la majorité des cas isolés. Les atteintes complexes ou particulièrement instables nécessitent un recours à la chirurgie reconstructrice. Une consultation rapide auprès d’un spécialiste de l’appareil locomoteur conditionne la restitution d’une biomécanique articulaire normale et la prévention de l’arthrose précoce.
Questions fréquentes
Peut-on marcher avec une lésion de ce ligament ?
La marche reste souvent possible immédiatement après le traumatisme, bien qu’elle puisse déclencher des douleurs postérieures. La stabilité du genou en extension masque partiellement le déficit ligamentaire. Une évaluation médicale reste indispensable pour éviter l’aggravation des lésions cartilagineuses.
Quel est le délai de cicatrisation habituel ?
La cicatrisation tissulaire d’une lésion partielle isolée demande généralement six à douze semaines sous couvert d’une immobilisation adéquate. La récupération fonctionnelle complète et le retour aux sports de pivot exigent souvent quatre à six mois de rééducation spécialisée.
L’opération est-elle inévitable ?
L’intervention chirurgicale n’est pas systématique pour ce type de traumatisme. Elle se réserve aux ruptures complètes associées à une instabilité majeure, aux lésions osseuses par arrachement et aux traumatismes impliquant plusieurs ligaments du genou simultanément.
Sources :
- Haute Autorité de Santé (HAS) – Critères de prise en charge thérapeutique des lésions ligamentaires du genou.
- Société Française de Chirurgie Orthopédique et Traumatologique (SOFCOT) – Recommandations de pratique clinique sur le genou traumatique.
- Collège Français des Chirurgiens Orthopédistes et Traumatologues (CFCOT) – Lésions isolées et complexes du pivot central.
