En bref
- L’épitrochléite est une tendinopathie d’insertion des muscles fléchisseurs et pronateurs à la face interne du coude.
- Le diagnostic clinique s’appuie sur une douleur provoquée à la palpation médiale et lors de la flexion contrariée du poignet.
- La chirurgie est une option de dernier recours après l’échec d’un traitement conservateur bien conduit pendant au moins 6 mois.
L’atteinte tendineuse de la face interne du coude représente environ 10 à 20 % des tendinopathies de cette articulation. L’épitrochléite affecte l’insertion proximale des muscles fléchisseurs du poignet et des doigts, ainsi que le muscle rond pronateur. Cette pathologie micro-traumatique survient chez les travailleurs manuels et les sportifs sollicitant de façon répétée la préhension forte. La dégénérescence des fibres tendineuses entraîne des douleurs chroniques invalidantes. Une prise en charge médicale précoce permet de limiter l’évolution vers une rupture tendineuse ou une neuropathie du nerf ulnaire.
Mécanismes et facteurs de risque
L’épitrochlée, ou épicondyle médial, sert de point d’ancrage à un tendon commun. Les contraintes répétées en traction provoquent des micro-déchirures au sein de ce tissu. Le processus de cicatrisation devient défaillant, menant à une tendinose, caractérisée par une désorganisation collagénique et une néovascularisation. Contrairement à l’Épicondylite (souvent appelée Épicondylite latérale) qui touche la face externe, la pathologie médiale concerne le compartiment interne.
Les gestes biomécaniques incriminés dans cette surcharge tendineuse comprennent :
- La flexion répétée du poignet contre résistance.
- La pronation forcée de l’avant-bras.
- Le port de charges lourdes avec les paumes tournées vers le haut.
- La pratique de sports de lancer ou de raquette sollicitant un valgus du coude.
Diagnostic clinique et imagerie
Le patient décrit une douleur insidieuse siégeant sur le relief osseux médial du coude. Cette algie irradie fréquemment le long de la face interne de l’avant-bras jusqu’au poignet. L’examen clinique met en évidence une sensibilité exquise à la palpation directe de l’épitrochlée. Les tests de provocation reproduisent la symptomatologie lors de la flexion active contrariée du poignet ou de la pronation contre résistance.
Des examens complémentaires confirment l’atteinte structurelle et éliminent les diagnostics différentiels :
- Radiographie standard : recherche de calcifications intratendineuses ou d’arthrose huméro-ulnaire.
- Échographie : évaluation de l’épaississement tendineux, des fissurations et de l’hyperhémie au Doppler.
- IRM : analyse fine des lésions tendineuses, de l’œdème osseux et des structures ligamentaires.
- Électromyogramme (EMG) : recherche d’une compression associée du nerf ulnaire au coude.
Prise en charge médicale et rééducation
Le traitement de première intention reste exclusivement conservateur pendant plusieurs mois. L’arrêt temporaire ou l’adaptation des gestes nociceptifs constitue la base de la guérison. Le Traitement de l’épicondylite médiale repose sur un protocole progressif visant à restaurer la qualité tissulaire.
La rééducation associe des étirements spécifiques et un renforcement musculaire excentrique des fléchisseurs. Les ondes de choc radiales extracorporelles favorisent la cicatrisation par hyperstimulation analgésique et hyperhémie. Les infiltrations de corticoïdes ou de Plasma Riche en Plaquettes (PRP) sont discutées en cas de stagnation clinique persistante.
Indications et déroulement de l’intervention chirurgicale
La chirurgie est envisagée après échec d’un traitement médical rigoureux de 6 à 12 mois. L’intervention vise à exciser le tissu tendineux pathologique et à stimuler une nouvelle cicatrisation sur un os sain. L’opération se déroule le plus souvent en ambulatoire sous anesthésie locorégionale du membre supérieur.
Le chirurgien réalise une courte incision médiale pour accéder à l’insertion tendineuse. Une désinsertion partielle (ténotomie), un débridement des tissus dégénératifs et un avivement de l’os sous-jacent sont effectués. Si le nerf ulnaire présente des signes de compression, une libération in situ ou une transposition antérieure complète l’acte chirurgical.
Suites opératoires et délai de récupération
Une immobilisation brève par attelle antalgique est parfois prescrite pour quelques jours postopératoires. La mobilisation douce des doigts, du poignet et du coude débute immédiatement pour éviter les raideurs et adhérences. La gestion de la douleur repose sur des antalgiques simples et l’application de glace.
La rééducation postopératoire est requise pour restaurer progressivement la force et la souplesse du membre supérieur. La reprise des activités quotidiennes légères s’effectue vers la troisième semaine. Le retour aux activités sportives de lancer ou professionnelles de force nécessite un délai de 3 à 6 mois selon la récupération fonctionnelle.
L’épitrochléite constitue une pathologie d’hypersollicitation tendineuse nécessitant un diagnostic clinique précis. La chronicisation des douleurs altère significativement la fonction du membre supérieur lors des efforts de préhension. La grande majorité des patients guérit grâce à une prise en charge fonctionnelle et médicale rigoureuse. La chirurgie offre une solution de recours efficace pour les formes rebelles au traitement conservateur. Une évaluation orthopédique spécialisée détermine la stratégie thérapeutique optimale selon le stade lésionnel.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre épicondylite et épitrochléite ?
L’épicondylite affecte les tendons extenseurs sur la face externe du coude. L’épitrochléite touche les tendons fléchisseurs sur la face interne. Les mécanismes de surcharge diffèrent, mais la nature dégénérative de la lésion tendineuse reste identique.
Peut-on continuer le sport avec une épitrochléite ?
Le maintien de l’activité sportive dépend de l’intensité des douleurs et du retentissement fonctionnel. Une mise au repos relatif des gestes de préhension forte ou de lancer s’impose en phase aiguë. Une reprise adaptée s’envisage avec un équipement ergonomique et un échauffement ciblé.
Combien de temps dure la guérison d’une épitrochléite ?
L’évolution naturelle d’une tendinopathie du coude se révèle lente. La cicatrisation sous traitement médical prend généralement entre 6 et 18 mois. La chirurgie impose une convalescence de plusieurs mois avant la récupération complète de la force musculaire.
Sources :
- Société Française de Chirurgie Orthopédique et Traumatologique (SOFCOT) – Recommandations sur les tendinopathies du coude.
- Haute Autorité de Santé (HAS) – Critères de prise en charge des épicondylalgies et épitrochléites.
- Assurance Maladie (Ameli.fr) – Reconnaissance en maladie professionnelle des tendinopathies du coude (Tableau 57).
